Des cintres multi-positions pour le voyage et la randonnée

Des cintres multi-positions pour le voyage et la randonnée
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Si l'industrie du vélo est beaucoup orientée par les exigences de la compétition (encore que cela soit en train d'évoluer), les besoins des randonneurs diffèrent sensiblement. En premier lieu, avant de rechercher la performance, nous faisons porter notre intérêt sur le confort. Il s'agit de se sentir à l'aise pour pédaler toute la journée, et d'enchaîner les jours (les semaines, parfois les mois, les années).

Parmi les diverses options qui permettent d'augmenter le confort d'un vélo, le guidon occupe une place de choix. En randonnée, on préférera souvent un cintre offrant des positions multiples où poser ses mains. Passant régulièrement de l'une à l'autre, non seulement on soulagera ses poignets mais encore sa nuque, son dos, ses fesses, puisque chaque position a des répercussions sur la posture globale du cycliste.

Passons donc en revue ce que l'industrie offre d'options sous ce registre. Mais commençons peut-être par éclaircir deux termes un peu techniques qui reviendront régulièrement dans ce tour d'horizon.

la réhausse : c'est la différence de niveau entre le point de fixation du cintre (sur la potence) et la position des mains sur le cintre. Un cintre avec de la réhausse (généralement pas plus de quelques centimètres) redresse la position du cycliste, pour plus de confort. On la retrouve aussi souvent désignée par le mot anglais “rise”.

le backsweep : C'est l'angle que décrit le guidon vers l'arrière. Un guidon parfaitement droit n'est pas confortable sur la durée pour les poignets. On estime qu'un angle de 12-16° est plus naturel, mais certains modèles poussent parfois au-delà de 45° dans le but de raccourcir la position du cycliste. Cela se fait cependant au détriment de la maniabilité. Aucun mot français ne s'est vraiment imposé pour désigner cette caractéristique.

Ergotec Contest Traveler

Ah, le guidon papillon ! Un grand classique du voyage à vélo. Un symbole à lui seul !
Il offre trois positions principales à son catalogue : une position courte avec accès direct aux commandes, une position latérale plus écartée avec une orientation complètement différente des poignets, et une position étendue.

Guidon papillon Ergotec Contest Traveler

Le modèle le plus facile à se procurer sur le vieux continent est sans doute celui proposé par la marque allemande Ergotec : le Constest Traveler. Il est disponible dans des largeurs de 530mm (pour les enfants) et 590mm. Conçu en aluminium, il pèse 440 grammes dans sa version adultes, et offre un backsweep de 4°.
Il est a noté que ce modèle est proposé uniquement pour des potences de diamètre 25,4mm (un standard en passe de devenir obsolète ; mais des adaptateurs existent).

D'autres fabricants proposent des modèles comparables, avec quelques nuances de largeur (60cm max), de couleur (généralement noir ou argenté), de backsweep (généralement 0 à 6°), de réhausse. Les modèles sans backsweep permettent également un montage inversé, par lequel on profitera des commandes de freins et vitesses sur la position avancée du cintre (au lieu de la position courte).

Plutôt que des poignées de VTT, on passe généralement sur les guidons papillons de longues mousses tubulaires très tendres, qui couvrent presque tout le cintre.

Malgré ses atouts, le guidon papillon présente cependant aussi quelques inconvénients, qui lui ont valu depuis une décennie environ de rencontrer la concurrence d'autres cintres multi-positions.
En premier lieu aucun modèle n'offre une largeur supérieure à 60cm (largeur d'ailleurs quelque peu réduite par les larges courbes latérales, quand on tient les mains sur les commandes). À l'heure où de nombreux randonneurs cherchent à s'extraire du tarmac et ou les VTT-istes optent pour des largeurs parfois supérieures à 80cm, le papillon paraît bien peu maniable dès que les chemins deviennent cahoteux.
En randonnée, on apprécie aussi beaucoup de monter des accessoires divers sur son guidon : rétroviseur, GPS, téléphone, éclairage... Sur le papillon, cela revient souvent à sacrifier une des positions de mains, si bien que le design initial perd de son intérêt.

Avantages : économique - a largement fait ses preuves
Inconvénients : peu maniable sur pistes - on devra sacrifier une position pour monter des accessoires

Ergotec Hornbar

Les cintres de la série Hornbar d'Ergotec se présentent comme des guidons droits (type VTT) aux extrémités desquels les tubes sont cintrés vers l'avant, évoquant ainsi la forme de cornes d'animaux (horn).
Durant la grande époque du guidon papillon, cette solution constituait la principale alternative, proposée dans plusieurs variantes.

Le modèle “Classic”, avec ses cornes légérement redressées, offre une bonne saisie dans le creux de la main. La version “Comfort” quant à elle reprend le long arrondi d'un guidon papillon.
Ces deux modèles fabriqués en aluminium sont commercialisés parfois en dessous de 20€, et pèsent 50 à 100 grammes de moins qu'un guidon papillon. Par rapport à ce dernier, ils se distinguent par une position plus portée en avant, a priori plus sportive ou tout-terrain.
On pourra hélas faire à ces modèles à peu près les mêmes reproches qu'aux guidons papillons (celui de la faible largeur en particulier), à quoi vient s'ajouter l'impossibilité de passer des poignées tournantes type Rohloff ou SRAM Gripshift.

Un troisième modèle, le “Vario” ne présente cependant pas ce dernier inconvénient, car ses cornes peuvent être démontées. Cette particularité permet en outre de les orienter à sa guise (autour de l'axe du tube principal). Ces avantages se font hélas au détriment du poids (+/- 700g selon les variantes d'angle et de réhausse) et du prix (autour de 60€).

On trouve encore une version “AHS Premium” (sous la branche Humpert de la même marque), dont les manches peuvent être rabattus le long de la potence, pour un transport et un stockage facilité du vélo.

Avantages : économique - des variantes intéressantes
Inconvénients : les mêmes que le guidon papillon

Jones H-Bar Loop

Des années durant, l'Américain Jeff Jones a cherché à concevoir un nouveau guidon multi-positions. Ce H-Bar Loop est le résultat d'une longue maturation. Initialement conçu pour la géométrie très spécifique des vélos de sa propre marque, ce cintre fait néanmoins le bonheur de nombreux voyageurs qui l'ont monté sur de tout autres vélos. Il est également devenu une source d'inspirations pour d'autres fabricants de cintres.

Jones H-Bar Loop

Son nom lui vient de la boucle (loop) caractéristique qu'il forme en son centre.
C'est par l'arrière de cette boucle que le cintre se fixe à la potence (diamètre 31.8mm), tandis que la partie avant offre à la fois une position de mains supplémentaire et un excellent emplacement pour le montage d'un GPS, d'un éclairage, etc.
Cette boucle empêche en revanche le montage de sacoches de guidon classiques (type Ortlieb Ultimate). Le Jones Loop est donc mieux adapté aux boudins de bikepacking, ou bien à certains modèles de sacoches spécifiquement conçus.
Avec un backsweep très important de 45°, ce cintre prétend offrir un grand confort pour les poignets. On y perdra cependant un peu en maniabilité.

Jones propose son guidon dans de nombreuses variantes.
On le trouve dans une largeur assez passe-partout de 660mm ; ou bien en 710mm, pour installer des poignées longues, et profiter ainsi de différentes positions de mains plus ou moins avancées.
La boucle peut être interrompue, prenant davantage l'aspect de cornes (c'est le modèle H-Bar Cut), ou bien elle peut être complètement supprimée (H-Bar Bend) pour gagner un peu de poids et permettre le montage de sacoches de guidon traditionnelles.
Une version réhaussée de 64mm (contre 13mm sur le modèle de base) est également disponible.
Enfin des options de matériaux sont offertes : aluminium, carbone, et même titane.

Le cintre de base affiche 652g sur la balance, et est commercialisé autour de 90€. Le prix grimpe en flèche quand on opte pour des matériaux plus légers.

Avantages : réputé maniable malgré son backsweep important - pratique pour y fixer des accessoires
Inconvénients : certaines variantes sont très coûteuses - le modèle de base ne permet pas le montage d'une sacoche de guidon traditionnelle

Velo Orange Crazy Bars

Les Crazy Bars ont connu deux itérations.
La première, qui date de 2013, avait marqué les esprits avec ses formes anguleuses iconoclastes. Elle affichait un backsweep de 45° pour une largeur de 666mm. Tout un programme !
Mais sa caractéristique la plus marquante consistait assurément en deux longues cornes positionnées entre les points de fixation des commandes, qui rappelaient aux habitués de la route la position sur le dessus des cocottes. Contrairement au tube principal dont le diamètre est au standard VTT, ces cornes adoptaient le diamètre du guidon de route, permettant ainsi le montage de ces commandes de vitesses qu'on monte aux bouts du cintre, ou bien de freins de guidons de contre-la-montre (bullhorn).

Velo Orange Crazy Bars 2013

En 2021, Velo Orange a largement revu ce modèle.
Avec une largeur étendue à 780mm, il offre un contrôle accru et davantage de liberté pour positionner les manettes. Son backsweep a été réduit à 35° et ses cornes ont été sensiblement raccourcies, pour des positions plus stables et naturelles.
Autre nouveauté, le cintre affiche maintenant une réhausse de 40mm, pour une posture plus décontractée. Cette caractéristique, combinée avec des cornes un peu plus écartées, favorise également le montage d'une sacoche de guidon ou d'un boudin de bikepacking.
De part et d'autre du point de fixation à la potence, le tube offre la possibilité de monter des accessoires au format 31.8mm.
Sur le plan esthétique, on retrouve les deux couleurs (noir et argenté) de l'ancien modèle, mais les formes sont maintenant beaucoup plus ondulantes.

Velo Orange Crazy Bars 2021

L'ancien modèle, maintenant difficile à trouver, était commercialisé au tarif de 75€ environ. Le nouveau, annoncé début 2021 pour une sortie au mois de juin, se fait toujours attendre... Le nouveau modèle coûte plutôt dans les 90€.

Avantages : une des options les plus maniables proposées ici - le confort des cocottes sur un cintre plat - bonne compatibilité avec les sacoches et accessoires
Inconvénients : pas disponible à ce jour - pas très pratique dans les transports

Koga Denham Bars

Pour ceux qui ne peuvent pas attendre le réapprovisionnement de Crazy Bars, Koga propose un cintre comparable. Ces Denham Bars tiennent leur nom du voyageur Ali Denham par qui elles ont été imaginées.
Ali a longtemps roulé sur la première mouture des Crazy Bars, et a souhaité y apporter quelques améliorations. (Lesquelles semblent avoir influencé les nouvelles Crazy Bars.)

Koga Denham Bars

Ce cintre reprend le principe des cornes "centrales", en assagissant un peu les excès des Crazy Bars initiales. Un backsweep de 34°, des cornes plus courtes et ergonomiques, et une largeur portée à 711mm. Autant de caractéristiques que l'on retrouvera sur les Crazy Bars 2.

Le cintre de Koga arbore cependant une particularité. Alors que la partie centrale (entre les cornes) des CB2 est dédiée à la réhausse, celle du guidon Denham fournit une position de mains supplémentaires (à l'instar des CB1, mais avec un léger backsweep en plus). La zone de fixation des accessoires s'en trouve cependant un peu réduite.

Koga Denham Bars - Dimensions

Les Denham Bars sont fabriquées en aluminium (450g), disponible en noir ou gris, pour un tarif tournant autour de 100€.

Avantages et inconvénients : Grosso modo les mêmes que les Crazy Bars, à part que ce cintre-ci est disponible ! On choisira l'un ou l'autre modèle selon qu'on préfère privilégier le confort de la réhausse ou d'une position de mains supplémentaires.

Surly Moloko Bar

Le Moloko, de chez Surly, fait une quelque sorte la synthèse des Crazy Bars et du Jones Loop.

Cintre Surly Moloko, monté sur un vélo Surly ECR

Tout comme le cintre de Jones, l'assemblage des tubes de ce modèle forme une boucle, à l'intérieur de laquelle il est possible de passer une poche spécialement conçue, tandis qu'on peut monter plétore d'accessoires sur la barre avant.
Avec ses 735mm de larges, le Moloko permet également la fixation de poignées longues, pour multiplier les positions de mains. Ou bien on pourra choisir de le réduire à 685mm, en suivant les repères de coupe (ça peut être préférable pour les petits gabarits).

L'angle de 34°, confortable aux poignets, est sensiblement le même que sur les Crazy Bars. On retrouve également deux cornes sur ce modèle, plus rapprochées entre elles que sur celui de Velo Orange, pour une position favorisant davantage l'aérodynamisme que le contrôle. Leur diamètre est le même que celui des poignées (standard VTT).
Ces deux cornes ainsi que la barre d'accessoires sont légérement réhaussés par rapport aux poignées.

Le cintre est fabriqué en acier chromoly, ce qui lui procure une grande robustesse, mais lui confère un poids de 709g. Il est disponible en noir uniquement, au prix de plus ou moins 110€ selon le revendeur.

Avantages : les cornes d'un Crazy Bars, avec la barre d'accessoires d'un Jones Loop.
Inconvénients : pas léger du tout - ne permet pas le montage d'une sacoche de guidon traditionnelle

Surly Corner Bar

Le Corner Bar de Surly prétend offrir les sensations d'un guidon de gravel sur un vélo prévu pour un guidon plat.

Surly Corner Bar

Il s'équipe avec des manettes de VTT, et propose essentiellement deux positions : l'une sur le droit du cintre, et l'autre dans les parties basses (d'où l'on a accès aux commandes de freins et de vitesses). En filoutant un peu, on peut éventuellement s'accorder un peu de confort sur ce qu'on pourrait appeler “le dessus des cocottes”.

Avec une largeur pouvant aller jusqu'à 713mm, le Corner Bar fournit beaucoup plus de place qu'un guidon de route normal pour attacher des accessoires.

Surly Corner Bar - dimensions

Comme le Moloko, le Corner Bar est fabriqué en acier Chromoly, qui lui vaut un poids élevé de 740g. Il est proposé dans trois largeurs pour un prix autour de 120€.

J'ai déjà présenté ses caractéristiques plus en détail dans un billet précédent.

Avantages : les sensations du gravel sur un VTT
Inconvénients : le poids - peut-être que le mieux serait de changer de vélo...

Cintres route et gravel

Bien avant le guidon papillon, le cintre de route proposait déjà des positions multiples. Sur le droit, au-dessus des cocottes ou dans les cocottes : il fournit trois positions biens distinctes, dont deux ont l'avantage de donner accès aux freins.

Cintre Ritchey Venture Max

Avec les multiples caractéristiques qui le définissent (largeur, évasement, réhausse, reach, drop, sweep...), les variations sont quasi infinies. L'offre est tellement vaste qu'il faudrait leur consacrer un billet complet.

Pour s'engager sur les chemins de terre, on préférera des modèles gravel, plus évasés et plus larges que les modèles vraiment routiers.

Citons en pagaille les Surly Truck Stop, Soma Condor 2, Nitto B135AA, Salsa Cowbell pour les modèles les plus routiers ; ou bien les Salsa Woodchipper et Cowchipper, Ritchey VentureMax et Beacon, ainsi que le Dajia Far Bar ou le Curve Walmer du côté du gravel.

Mais encore...

Une alternative aux cintres multi-positions consiste à ajouter sur un cintre ordinaire des périphériques qui apporteront de nouvelles positions. On s'écarte là un peu du sujet, mais j'y reviendrai dans un prochain billet, car cette solution présente des avantages.

Extensions de guidon

Pour finir, et pour vous aider dans vos choix (ou pour les compliquer), je vous renvoie au site WhatBars  qui répertorie un bon nombre de cintres – dont plusieurs présentés ici –  et permet de comparer la forme et les dimensions de tous ces modèles. De quoi procrastiner un bon moment !

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Après cinq ans passés au Proche-Orient et en Amérique Centrale, ma belle et moi sommes venus au vélo par intérêt pour le voyage. D’abord un tour en notre Bretagne natale, puis quelques équipées sur des terrains plus relevés, et bientôt nous partions pour six mois de route entre Asie du Sud-Est et Asie Centrale.
Il m’est difficile à présent de concevoir un voyage sur un autre mode ; et pour toutes nos vacances ou presque, ainsi qu’un certain nombre de nos week-ends, nous chargeons le matériel de camping pour une échappée vélocipédique au grand air.

Informaticien à me heures perdues, je suis également le développeur-éditeur-modérateur-dictateur de ce site, et du planificateur de voyages Talaria.

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