Les nouveaux vélos de l'été (et quelques réflexions personnelles)

Les nouveaux vélos de l'été (et quelques réflexions personnelles)
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Des vélos intéressants pour l'itinérance sont sortis ou ont reçu des mises à jour cet été : les SWB et LWB de Jones, le Secan de Failight, le Ritchey Ascent et le nouveau Tumbleweed Stargazer ont attiré mon attention (et fait regretter de ne pas être plein aux as, hélas).

Petite présentation de ces quelques modèles, agrémentée de réflexions sur l'industrie du vélo.

Jones SWB et LWB v2 (quand les prix flambent)

Le fabricant américain est réputé pour son inventivité et la géométrie atypique de ses vélos. Ses deux étendards, le LWB et le SWB viennent de recevoir une mise à jour.
Les cadres restent à très peu de choses près les mêmes, conçus autour de pneus très larges (pour un confort maximal) et avec leur long empattement caractéristique.

Les deux vélos sont maintenant équipés d'une transmission SRAM SX Eagle complète et de freins mécaniques SRAM itou. Les roues sont signées Jones, pourvues de pneus Vee T-Fatty ou Speedster en 27.5” ou 29”, larges de 2.8” et 3”. Tampon Jones également sur la selle et l'ensemble du guidon, avec bien sûr le fameux cintre Jones Loop.

Je mentionne ces deux vélos car ce sont deux bébés très originaux, capables de vous amener camper au milieu de nulle-part. Hélas ils sont généralement très difficiles à trouver en Europe, et leur prix, déjà élevé par le passé, devient avec cette nouvelle mouture rédhibitoire pour encore plus de monde : 2840$ pour le SWB, et 2860$ pour le LWB. (Soit plus ou moins 50% d'augmentation. Boum !)

Jones justifie ce large alourdissement de la facture par la raréfaction des composants et l'augmentation des coûts de production, en ces temps de crise internationale.
J'entends bien. Un article publié début août sur le blog de Ritchey Logic détaillait les phénomènes par lesquels l'industrie du vélo se trouve depuis deux ans à faire grimper ses prix : accroissement considérable de la demande, raréfaction conséquente des matériaux (de l'aluminium en particulier), confinements et chômage partiel à Taïwan (premier fabricant de vélos au monde, et de loin), fermeture des frontières aux travailleurs détachés, déficit hydrique (empêchant le refroidissement des machines de production), fermeture des ports avec pour conséquence beaucoup moins de possibilités de charger et acheminer des containers. (Bref, plus que jamais, mieux vaut consommer local !)
Je m'étonne cependant que les produits Jones fassent un bond aussi important. Les écarts de prix n'ont pas été aussi marqués pour le moment chez les autres fabricants.

Au fait, si les nouveaux SWB et LWB présentés ici ne sont pas encore assez chers pour vous, vous pouvez opter pour la très originale version titane, avec fourche truss !

Jones LWB titane, fourche truss

Fairlight Secan 2.5 (versionnage non sémantique)

Fairlight, fabriquant anglais vient de revoir sensiblement son cadre gravel dédié à l'itinérance. Il s'agit de rendre le modèle plus robuste et tout-terrain. Les tubes acier des bases et haubans ont été renforcés, ainsi que le tube de selle pour les grandes tailles. Les fixations de roues ont été changées, et la géométrie permet maintenant de chausser des pneus de 2.4".

Fairlight propose le kit cadre (pour 750£) ou différents montages en pré-commande. https://fairlightcycles.com/product/secan-deposit/?v=79cba1185463 Pour le plaisir des yeux, vous pouvez admirer le "lookbook" de ce bel étalon.

Kit cadre Fairlight Secan 2.5

Les vélos Jones qui passent en v2, le Secan en 2.5... Ça y est, la mode veut qu'on donne aux vélos des numéros de version, comme pour les programmes informatiques ! (En tant qu'informaticien, je me demande où sont passées les versions 2.1 à 2.4 du Secan, et les versions mineures de corrections de bugs !)
Enfin il est sans doute plus facile de s'y retrouver avec cette approche qu'avec celle de la traditionnelle datation des modèles (2020, 2021, 2022...), qui ne permet pas de distinguer les simples changements de couleur des modifications de fond. Et que dire du méli-mélo introduit cet été chez Kona, avec un Sutra LTD 2022 qui adopte le cadre du Sutra ULTD sorti un an plus tôt, lequel portait le même nom que le Sutra tout court, mais dont le cadre n'était pas le même, non plus que la vocation. À n'y rien comprendre !

Tumbleweed Stargazer

Puisqu'on parle du Sutra (U)LTD, j'en profite pour évoquer la sortie d'un vélo similaire chez Tumbleweed.

Les nouveaux vélos de l'été (et quelques réflexions personnelles)

La jeune marque américaine s'était illustrée il y a quelques années avec son Prospector, une bécane visant l'exploration des contrées les plus reculées.
Le nouveau Stargazer se veut peut-être un peu moins dur à cuir, avec son cintre gravel et sa transmission classique à dérailleur (au lieu d'un cintre VTT et d'un montage avec moyeu Rohloff). Il n'en demeure pas moins un destrier robuste pour aller arpenter les chemins de terre, hardiment équipé de son matériel de camping.

Si l'on excepte la longueur typique d'un vélo de route (cintre gravel oblige), le Stargazer a tout d'un VTT. Une position plus redressée, un angle de direction très incliné, et assez de dégagement pour passer des pneus de 27.5x3" ou 29x2.5".

Les tubes acier sont de la plus haute qualité que Tumbleweed ait pu faire fabriquer en série, avec des épaisseurs variables et des renforts méticuleusement choisis et disposés, pour un cadre robuste dont le poids reste raisonnable.

Les pré-commandes en direct sont ouvertes, pour un approvisionnement en décembre. J'ignore si ce vélo sera distribué en Europe. Je le signale surtout par amour de l'art, et avec l'espoir que des fabricants s'en inspirent sur le vieux continent, car à ma connaissance aucune marque ne propose de vélos de ce type à l'est de l'Atlantique (hors confection sur-mesures, évidemment).

Ritchey Ascent 2021

Cadre Ritchey Ascent 2021

De même que le Secan, le nouveau Ritchey Ascent offre de passer des pneus plus larges que sur ses itérations précédentes. Plus fort que le Secan (mais moins que le LWB), l'Ascent prend maintenant 2.6", et adopte à ce titre des moyeux au format Boost maintenus par axes traversants.

Nouveauté plus originale (et peut-être plus discutable), le nouveau Ritchey Ascent est pourvu d'une patte de dérailleur en acier inoxydable. Quand la patte du dérailleur n'est pas intégrée au cadre d'un vélo, elle est souvent conçue en aluminium, histoire qu'en cas de choc ce soit la patte qui torde, et non le cadre. Avec l'inox ça risque pourtant de se passer autrement. À ma connaissance l'inox est plus rigide que l'acier ordinaire, et a tendance à rompre plus facilement que l'aluminium. Je vois donc deux risques avec le choix de ce matériau : d'une part que le cadre ploie malgré la présence d'une patte distincte, et d'autre part que la patte casse plutôt que de se tordre (ce qui ne permet pas une réparation de fortune sur le bord de la route). Bref, je sais pas si j'aurais très envie de ça sur mon vélo. (Enfin en l'occurrence mon vélo a sa patte de dérailleur intégrée au cadre, et j'ai déjà eu à la détordre !)

La plupart des images diffusées par Ritchey présentent le vélo monté avec un cintre droit (à fort backsweep ; le Kyote je pense), mais certaines font voir également un montage avec un cintre gravel (le Beacon XL). Cette seconde formule semblerait a priori plus propice, eu égard à la longueur du tube supérieur.

Attention, ce vélo non plus n'est pas à la portée de toutes les bourses : le simple kit cadre est annoncé à 1300€.

À propos des pneus larges

Petite note au passage, puisque les quatre vélos présentés ici proposent de passer de gros pneus (et que deux augmentent d'ailleurs cette capacité). On serait tenté de crier à l'effet de mode ; et on aura sans doute pas tort.

Mais pour une fois je n'ai pas l'impression qu'il s'agisse – côté fabricants du moins – d'un artifice matériel. La tendance est avant tout une tendance de pratique du vélo ; et je pense qu'elle est double : d'une part s'engager sur des chemins de plus en plus reculés, et d'autre part maximiser le confort sans avoir recours à la sophistication d'une fourche ou d'un cadre suspendus. Le développement des pneus larges est donc une réponse pertinente (et pas seulement tape-à-l'oeil ou toujours-plussiste) des fabricants à ces nouvelles aspirations très en vogue.

Je note également que si durant quelques années on a vu se multiplier des vélos conçus pour des pneus de 3 pouces, ce format tend à se raréfier. Même Surly – qui avait un peu initié le mouvement – a cessé la production de son mythique vélo ECR. Les fatbikes se font plus rares aussi j'ai l'impression. On reviendrait donc apparemment à des pneus certes plus larges que ce qui se faisait au début des années 2000, mais moins que dans les années 2010. Ce pourrait bien être le signe que l'effet de mode s'est tassé, et qu'un équilibre plus pragmatique est en train de s'établir. Est-ce qu'on serait passés aux pneus larges version 2.1 ?

 

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Après cinq ans passés au Proche-Orient et en Amérique Centrale, ma belle et moi sommes venus au vélo par intérêt pour le voyage. D’abord un tour en notre Bretagne natale, puis quelques équipées sur des terrains plus relevés, et bientôt nous partions pour six mois de route entre Asie du Sud-Est et Asie Centrale.
Il m’est difficile à présent de concevoir un voyage sur un autre mode ; et pour toutes nos vacances ou presque, ainsi qu’un certain nombre de nos week-ends, nous chargeons le matériel de camping pour une échappée vélocipédique au grand air.

Informaticien à me heures perdues, je suis également le développeur-éditeur-modérateur-dictateur de ce site, et du planificateur de voyages Talaria.

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